Le tchapagate

Publié le par Tous les enfants et amis de la Ménadia




Vous savez parler le tchapagate?
non?
c'est facile pourtant, lisez ce qui suit et vous verrez que vous le connaissez, le tchapagate.........





(Source : wikipedia)

Le mélange de cultures prend aussi son sens dans le parler Pieds Noirs : c’est  le mélange de plusieurs langues.

Espagnol, italien, français, arabe, maltais…

Parler de rue, parler de la ville davantage que la campagne, c’est avant tout un langage populaire.
 
Mais l'originalité de ce parler réside surtout dans sa multiplicité… parler spécifique, dont le fond français emprunte
aux autres langues certains mots ou expressions, pour illustrer de nombreux domaines.

Nombreux sont les emprunts aux activités paysannes, aux interjections et à des impératifs, et aux injures.

Ainsi, il n'est pas étonnant de retrouver ce parler dans des domaines particuliers de la vie, qu'il illustre parfaitement avec

ces emprunts de langage : cuisine, fête, bagarre, sexe, injures et grossièretés en tout genre, l'amour.

C’est le reflet de la multiracialité de l'Algérie. Ce mélange s'accompagne de licences grammaticales formant des raccourcis parfois très imagés et des traits d'humour au 2ème degré.

Quoi qu'il en soit, aussi exagéré soit-il, le parler pieds noirs est un langage riche en couleur, qui traduit bien un certain mode vie, dont l'accent rayonne et ensoleille.                                

Justement, l'accent ! Les voyelles accentuées "é" et "è" sont simplifiées. Le lait, c'est "le lé" .

Quant au "o" il n'en existe qu'un que ce soit "cause" ou "chose" ou "rose".

A propos de rose, on ne dit pas comme Ronsard : "Mignonne, allons voir si la rose...",

mais : "Ti'as vu comment qu'la rose elle est éclose, purée !".


Le "u" était parfois transformé en i comme on vient de le voir, pour former dans le même esprit, une diphtongue facile

à prononcer. ("Ti'as", c'est quand même plus commode à dire que "tu as") .

Le "v" était aussi parfois escamoté, pour ne pas fatiguer la bouche, sinon cela gâtait le goût de l'anisette.

On disait "ouala, ouala! ti'es pas pressé, dis!"

"Si tu meurs avant toi je te tue", "t'ias pas honte à la figure",…


Le parler Pieds Noirs est aussi spécifique qu'il a forte tendance à l'exagération (paraît-il inhérente aux Pieds Noirs ?).
Ce parler a tendance à mitrailler ses phrases de pronoms relatifs, on s'exclame toujours, on est toujours en mouvement.

Quelques expressions :


· Si tu meurs avant toi je te tue
· Si tu vas te baigner, ta mère elle te tue

etc.......

 Deux extraits choisis:


 
EXTRAIT DE LA PARODIE DU CID - Edmond Brua
ACTE II - SCÈNE 2 GONGORMATZ, la tondeuse à la main,RORO, l'espadrille à la main

RORO
: Ô l'homme, arrête un peu !

GONGORMATZ : Cause !

RORO : Eh ben ! y'a du louche. T'le connais à Dodièze ?

GONGORMATZ
: Ouais !

RORO
: Ferme un peu la bouche ! T'sais pas, tout vieux qu'il est, ça qu'il était çuilà,Honnête et brave et tout, dans le temps, t'le sais pas ?

GONGORMATZ
: Assaoir !

RORO
: Et ce boeuf qu'y monte à ma fugure, T'sais pas d'aousqu'y sort, t'le sais pas ?

GONGORMATZ : Quelle affure... ?

RORO
: A quatre patt', ici, je te le fais saoir !

GONGORMATZ
: Allez, petit merdeux !

RORO
: Merdeux, faut oir à oir, Et petit, c'est pas vrai, mâ quand c'est ma tournée,N'as pas peur, j'attends pas pour rendre les tannées !

GONGORMATZ : Pour un taquet à moi, je t'en rends dix ou vingt !
Mâ dessur un petit je vas léver la main ?

RORO
: Un petit dans mon genre y peut te rendre un mètre !Pour dix coups d'encaissés, cent coups y veut te mettre !

GONGORMATZ : T'le connais à Bibi ?

RORO : Eh ! mala j'connais pas ! Un bâtard, un falso qu'il a tapé papa !
Les cornes qu' on te oit dessur la carabasse, Je m'les prends un par un et comm' ça je m'les casse !
Je connais, Je connais : ti'es le roi des chiqueurs. Mâ je pense entre moi : "Si ti'as peur, n'as pas peur.
Un pluss connu que lui y'a pas dans la Cantère. Qué malheur que personne y connaît à son père ! "

GONGORMATZ
: Ti'ensultes pas cet homme, aussinon... c'est pas bien !

RORO : A'c un coup de soufflet ti'as bien tapé le mien ! Pasqu'il est vieux, le pauve, et péteux, tu profites.
Tu t'le prends en rétraite et tu fais schkapa, vite. Mâ s'il aurait oulu sortir le rivolver,Direc' pour Saint-Ugène y te fait sanger l'air.Papa, c'est un lion qu'il en a plus la force.Pluss terribe que lui, manque y z'en ont les Corses
ec cet homme, O cougoutse, y faut faire entention, Pourquoi c'est toujours lui, quand ya les élections,Qu' y fait voter les morts, en schkamb et tous d'attaque, Et qu'y s'les garde à l'oeil pour pas qu'on s'les sarracque !
(...)


"Essais" d'Albert Camus, collection "La Pléiade"

".......Alors Coco y s'avance et y lui dit : "Arrête un peu, arrête".
L'autre y dit : "Qu'est-ce qu'y a ?".
Alors Coco y lui dit : "Je vas te donner des coups".
"A moi tu vas donner des coups ?
Alors y met la main derrière, mais c'était scousa...
Alors Coco y lui dit : "Mets pas la main
derrière, parce qu'aprés j'te choppe le 6,35 et t'y mangeras des coups quand même".
L'autre il a pas mis la main. Et Coco, rien qu'un, i l'ia donné, pas deux, un... L'autre il était par terre. "Oua, oua", qu'y faisait.
Alors le monde il est venu. La bagarre elle a commencé.
Y'en a un qui s'est avancé à Coco: deux, trois. Mais j'y ai dit : "Dis tu vas toucher à mon frère ?"
"Qui ton frère ?"

"Si c'est pas mon frère, c'est comme mon frère."
Alors j'y ai donné un taquet. Coco y tapait, moi j'tapais, Lucien y tapait.
Moi, j'en avais un dans un coin et avec la tête : "Bom, bom".
Alors les agents y sont venus. Y nous ont mis les chaines, dis.
La honte à la figure, j'avais de traverser tout Bab el Oued. Devant le Genteleman's bar, y avait des copains et des p'tites, dis. La honte à la figure
...
Mais aprés, le père à Lucien, y nous a dit : "Vous avez raison"............"



Publié dans ARTICLES DIVERS

Commenter cet article

rachid habbachi 14/07/2010 17:31


A tout hasard, pour ceux que cela intéresserait, mon dernier ouvrage est paru aux éditions Edilivre, il s'agit du seul "Cyclope y dit" romancé du Tchapagate(je ne vous ferai pas l'injure d'une
traduction). Allez bônois, à vos plumes, diocamisère, faîtes que notre culture ne s'éteigne pas. Bises à tous et à toutes.


Les enfant de la Ménadia 19/12/2009 10:34


 merci Rachid


RACHID HABBACHI 18/12/2009 18:19


Purée de vous z'aut' dès! vous pouvez pas vous z'imaginer le plaisir que vous me faites en reconnaissant que le TCHAPAGATE est le vrai nom de not' langue alors qu'y en a, des "tellectuels" qui
disent comme ça que c'est le parler bônois; les pauv', y z'ont pas eu l'inculture de nous z'aut' celle-là là qu'on s'l'a eue en dedans la rue, en devant des z'écoles Saindi-Carnot, Beauséjour ou
celle-là du Tambour. Y faut que j'vous dis de not' TCHAPAGATE que c'est la meilleuse des langues, c'est la seule qu'elle peut se permette de faire revenir La Fontaine en dedans un p'tit peu de
l'huile d'olive, une pointe d'ail et une cuillerée d'harissa. Amitiés bônoises et félicitations pour ce blog qui est une vraie réussite.


le bloas jean yves 23/11/2009 19:24


Bonjour,
Je suis né en 1954 et j'ai quitté Bône,en 1963.Mon pére été garde mobile à la caserne de Bône,mais nous avons habité à la Ménadia jusqu'en 1961.Je suis allé à une école (le nom m'échappe..!) en
CE1,la maîtresse s'appelait PAPALLIA...le nom de la rue ou habitaient mes grands parents Besson,rue MESSMER à Bône.Le seul nom d'un éléve dont je me souvienne AQUINO...Des cousins ,tenaient une
grande patisserie aussi:JOST..;J'ai eu connaissance de votre blog grâce à Mme Barbisan.Anny.Je vais trier des photos de chez nous pour pouvoir les mettre sur votre blog.Celà me fait chaud au coeur
de retrouver des Pieds-Noirs,via le net.A bientôt j'espére et merci encore pour ce tres beau blog.Jyves


Tous les enfants et amis de la Ménadia 24/11/2009 11:18



Nous vous souhaitons une bienvenue sur notre blog Jean Yves